Depuis que je voyage avec Gojo le chat, mes déplacements ne se préparent plus vraiment comme avant.

Avant de regarder les hôtels ou ce que je vais visiter, je vérifie d’abord s’il peut entrer dans le pays, dans quelles conditions et surtout si le voyage vaut réellement la peine pour lui.

Pour la Malaisie, j’étais partie avec l’idée qu’il viendrait avec moi.

J’ai donc commencé les démarches depuis la Thaïlande et j’ai très vite compris que ça allait être beaucoup plus compliqué que prévu.

Pour commencer, Gojo devait passer quinze jours en quarantaine à son arrivée.

Bon.

Je peux entendre qu’un pays impose des règles sanitaires. Tant qu’elles ont du sens et qu’elles servent réellement à protéger les animaux et le territoire, aucun problème.

Mais ensuite commence le parcours du combattant.

Pour obtenir son permis d’importation, il faut passer par le système ePermit de DagangNet. On m’explique que je peux faire la démarche moi-même ou utiliser un agent.

Parfait. Je vais la faire moi-même.

Sauf que plus j’avance, plus je découvre que ce n’est pas aussi simple.

Je remplis les dossiers, je rassemble les documents, j’essaie de suivre les différentes instructions et, au moment de payer, je me retrouve avec un règlement à effectuer sur un compte bancaire malaisien.

J’essaie avec Wise.

Le virement revient.

J’essaie avec Revolut.

Même problème.

Et c’est là que quelque chose commence sérieusement à me déranger.

On me dit officiellement que je peux faire la démarche seule, mais dans les faits, le système finit par me bloquer parce que je suis à l’étranger.

Et comme par hasard, à ce moment-là, tu te retrouves orientée vers des agents ou des agences spécialisées capables de s’occuper de tout à ta place.

Sauf que ces agences, elles, coûtent un bras. Certaines prestations commencent tellement à grimper que tu te demandes si tu paies un permis pour ton chat ou un loyer à Paris.

Et c’est là que je trouve le système vraiment étrange.

Dans beaucoup de pays où je suis passée, les règles peuvent être strictes, mais si ton animal est vacciné, identifié, en bonne santé et que tous ses papiers sont en règle, tu peux effectuer toi-même une grande partie des démarches.

Ici, j’avais surtout l’impression qu’à force de compliquer le parcours pour les étrangers, on finissait par créer tout un marché pour des intermédiaires locaux.

Et il y avait en plus des contradictions dans les informations qu’on me donnait.

D’un côté, on m’expliquait que je pouvais tout faire moi-même. De l’autre, dès que j’avançais réellement dans la procédure, je me retrouvais bloquée sur des étapes que je ne pouvais pas facilement réaliser depuis l’étranger.

J’ai posé mes questions, reçu quelques réponses parfois contradictoires, puis attendu.

Et après plusieurs semaines, j’ai même reçu un message m’annonçant que ma demande était « résolue ».

Mes questions, elles, étaient toujours en attente.

À ce moment-là, j’ai arrêté.

Je me suis demandé ce que j’étais réellement en train de faire.

J’allais me stresser, dépenser une somme énorme, imposer un nouveau vol et quinze jours de quarantaine à mon chat, tout ça pour passer peut-être quelques semaines avec lui en Malaisie avant de repartir encore ailleurs.

À quoi ça servait ?

Je n’y voyais plus aucun intérêt, ni pour lui ni pour moi.

J’ai donc décidé de laisser Gojo en Thaïlande et j’ai commencé à chercher sérieusement une pension dans laquelle je pouvais avoir confiance.

J’en ai contacté plusieurs, j’en ai visité, comparé les rooms et les conditions jusqu’à trouver celle dans laquelle je pouvais réellement me résoudre à le laisser.

Même après avoir pris ma décision, je n’étais pas totalement sereine. J’avais peur qu’il ait du mal à s’adapter, qu’il refuse le contact avec les personnes qui s’occupaient de lui ou qu’il vive mal ce nouvel environnement.

Puis je suis arrivée en Malaisie.

Et là, deuxième surprise.

On m’avait tellement parlé d’un pays qui aime les chats que je m’attendais à trouver un environnement particulièrement accueillant pour les animaux.

Déjà avant d’arriver à Kuala Lumpur, mes recherches de logement m’avaient refroidie. Les hébergements qui acceptaient réellement les animaux étaient extrêmement rares et souvent beaucoup plus chers.

Sur Airbnb, pour mes dates et mes critères, j’en étais arrivée à n’en trouver quasiment qu’un seul.

Une fois sur place, j’ai aussi remarqué que je voyais beaucoup moins d’animaux autour de moi que dans les autres pays d’Asie où j’avais voyagé.

Alors je me suis demandé où était passé ce fameux pays pet friendly dont on m’avait autant parlé.

Peut-être qu’il s’était caché dans la brume. 😭

Parce que la brume, elle, je l’ai trouvée.

À mon arrivée à Kuala Lumpur, le ciel était recouvert d’un voile gris impressionnant.

À se demander, à certains moments, si je n’avais pas atterri dans un film de science-fiction steampunk, entre les tours avalées par la brume et cette lumière grise.

Au moment où je vous écris, certains secteurs de la capitale affichent encore un indice de pollution autour de 160, donc à un niveau considéré comme malsain. Certaines écoles ont même fermé ces derniers jours et les activités extérieures sont réduites lorsque la qualité de l’air devient trop mauvaise.

Et là, forcément, j’ai pensé à Gojo le chat.

Je me suis dit que finalement, malgré le manque et toutes mes inquiétudes avant de partir, il était probablement bien mieux là où il était.

Et toute cette histoire m’a surtout fait réfléchir à quelque chose.

Kuala Lumpur est une ville extrêmement cosmopolite, internationale, très tournée vers le business. Pourtant, venir temporairement avec son animal peut devenir une démarche tellement complexe et chère qu’on finit presque mécaniquement par créer du business autour de cette complexité.

Des intermédiaires existent pour faire le travail à ta place, ce qui en soi n’a rien de choquant.

Ce qui me dérange, c’est lorsque le parcours devient tellement difficile à effectuer seul que l’intermédiaire finit presque par devenir obligatoire.

À ce moment-là, je me pose vraiment la question.

À partir de quand est-ce qu’on protège réellement les animaux et à partir de quand est-ce qu’on protège surtout un système qui génère du chiffre d’affaires autour de leur entrée dans le pays ?

Une quarantaine sanitaire peut avoir du sens.

Contrôler les vaccins, l’identification et les documents aussi.

Mais lorsque l’ensemble devient extrêmement cher, difficile à comprendre et compliqué à réaliser sans intermédiaire, tout en arrivant ensuite dans un pays où trouver un logement acceptant son animal est déjà une galère, j’ai beaucoup plus de mal à comprendre où se trouve le côté pet friendly.

Pour un séjour de quelques semaines, mon choix était finalement évident.

Et maintenant, j’ai quitté Kuala Lumpur pour Kota Kinabalu, à Bornéo, où l’air est nettement meilleur.

J’avais besoin de changer d’environnement, de respirer un peu mieux et de me rapprocher aussi de la suite de mon voyage.

Parce qu’entre Singapour, où j’ai toujours quelques comptes à régler, et l’Indonésie, dont l’actualité économique et environnementale vient sérieusement de piquer ma curiosité, je crois que mes prochaines escales vont encore me donner quelques histoires à raconter.

Et cette fois, Gojo le chat suivra tout ça tranquillement depuis son hôtel en Thaïlande. 😂

À la prochaine escale,
Leïla 🌸

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