Dans le brouillard qui enveloppait une partie de la Malaisie, j’ai fini par trouver un coin plus isolé et surtout plus respirable.
Kota Kinabalu, une ville au bord de la mer de Chine méridionale.
C’est là que j’ai commencé à réfléchir à ma prochaine destination. L’Indonésie était toute trouvée. Jakarta me faisait envie et j’imaginais déjà la suite du voyage avec Gojo le chat.
Sauf qu’il y avait un problème.
J’étais littéralement cernée par cette fumée.
Et en cherchant simplement à comprendre d’où elle venait, j’ai découvert que derrière cette fumée se cachait un incendie bien plus vaste que ce que j’imaginais.
D’où venait cette pollution ?
Pourquoi touchait-elle aussi la Malaisie et Singapour ?
Et surtout, est-ce que j’avais vraiment envie de partir ensuite en Indonésie alors qu’une partie de cette fumée venait justement de là-bas ?
J’ai commencé à chercher.
Et comme souvent, je suis allée beaucoup plus loin que prévu.
Parce qu’au-delà de la fumée, il y a bien un feu.
Et ce feu ravage beaucoup plus que ce qu’on pourrait penser.
Les incendies touchent l’Indonésie, mais leurs conséquences dépassent largement ses frontières.
La population respire cette fumée, des activités sont perturbées, la Malaisie et Singapour sont également touchées et plusieurs gouvernements commencent à intervenir.
Et pendant que tout le monde regarde les flammes et la population, autre chose se passe en parallèle.
Alors j’ai commencé à suivre l’argent.
Et c’est là que mon regard d’entrepreneure a complètement changé sur cette histoire.
Parce qu’une crise, quelle que soit sa taille, ne touche jamais uniquement ce qu’on voit en premier.
Quand quelque chose commence à aller mal dans une entreprise, on peut croire que le problème vient des ventes.
Puis on découvre la trésorerie.
Les investisseurs, les partenaires, les fournisseurs, la réputation et la confiance.
Et parfois, un problème qui semblait isolé révèle en réalité toutes les fragilités du système.
C’est exactement ce que j’ai commencé à observer en Indonésie.
Pendant que les incendies continuent, Singapour demande des comptes à plusieurs entreprises présentes sur le territoire indonésien.
Le gouvernement indonésien enquête lui aussi et sanctionne certaines sociétés.
Puis, presque au même moment, une autre crise éclate.
Cette fois-ci, à la Bourse.
MSCI (Morgan Stanley Capital International) l’un des principaux fournisseurs d’indices boursiers utilisés par les investisseurs dans le monde, a commencé à remettre en question la transparence du marché indonésien.
La Bourse chute brutalement.
Des dizaines de milliards de dollars de valeur disparaissent.
Et surtout, les investisseurs étrangers avaient déjà commencé à retirer plusieurs milliards du pays bien avant ce choc.
Alors forcément, je me suis demandé :
Est-ce que tout cela est lié ?
Pour l’instant, rien ne permet de l’affirmer.
Et justement, je ne veux pas fabriquer une belle théorie simplement parce qu’elle serait plus intéressante à raconter. 😂
En revanche, il y a quelque chose que je trouve beaucoup plus important.
Quand on regarde cette crise uniquement sous l’angle des incendies et de la population, on passe à côté de tout ce qu’elle révèle autour.
La santé, les entreprises, les relations avec les pays voisins, la confiance des investisseurs, la Bourse et les capitaux qui sortent.
Et bien sur, ceux qui pourraient revenir acheter moins cher lorsque les prix s’effondrent.
C’est là que ça devient une vraie leçon de business.
On parle énormément de croissance lorsqu’une entreprise ou une économie va bien.
On regarde le chiffre d’affaires, les investissements, les nouveaux projets, les valorisations.
Mais c’est souvent lorsqu’une crise arrive qu’on découvre réellement à quel point un système est solide.
De qui dépend-il ?
Qui finance sa croissance ?
Que se passe-t-il lorsque la confiance disparaît ?
Et surtout, qui garde le contrôle lorsque l’argent commence à partir ?
C’est précisément ce que j’ai envie de continuer à observer en Indonésie dans les prochaines semaines.
Mais promis, ce n’est surtout pas pour chercher un complot. 😂
Mais parce que suivre l’argent permet souvent de comprendre ce que les grands discours ne montrent pas.
Mon voyage en Indonésie, lui, attendra.
Au départ, j’y ai renoncé à cause de la pollution. Mais en cherchant simplement à comprendre cette fumée, je suis finalement tombée sur une histoire bien plus large, entre incendies, économie, investissements et rapports de force.
Et puisque ce voyage m’a appris à changer mes plans quand il le faut, ma prochaine escale sera finalement ailleurs .. direction l’Empire du Milieu.
Quant à l’Indonésie, je vais continuer à suivre ce qui s’y passe, notamment du côté de l’argent. Parce qu’au-delà des incendies, cette enquête m’a rappelé une chose essentielle :
la souveraineté politique ne garantit pas la souveraineté économique.
Une réflexion qui dépasse largement les frontières de l’Indonésie… mais ça, ce sera peut-être pour une autre fois.
À la prochaine escale,
Leïla 🌸


