Cela fait maintenant plus de trois mois que j’attends le paiement d’un client basé à Singapour.
Et je ne parle pas d’une petite mission réglée entre deux rendez-vous.
J’ai travaillé sur une automatisation avec n8n, un système qui devait lui permettre d’automatiser une partie importante de son activité et de lui faire économiser plusieurs milliers de dollars singapouriens. J’y ai passé énormément de temps : réflexion, construction, tests, corrections, ajustements…
Le travail, lui, a bien été réalisé.
Mon paiement, toujours en attente.
Quand j’en ai parlé à des amis, l’un d’eux m’a répondu quelque chose qui m’a franchement étonnée :
« À Singapour ? C’est bizarre. Normalement, là-bas, ils sont très sérieux avec le business. »
Puis il m’explique que Singapour est un peu à part, que le pays est très structuré juridiquement, très marqué par la culture économique anglo-saxonne et qu’il y aurait donc davantage cette habitude de respecter les contrats et les engagements commerciaux.
Sur le fond, il y a effectivement une réalité historique derrière cette idée : le droit des contrats singapourien est largement issu de la common law anglaise, même si Singapour a depuis développé son propre système juridique.
Mais de là à en conclure qu’un client singapourien ne peut pratiquement pas te laisser attendre ton argent…
C’est quand même fort de café.
Je lui parle de Hong Kong.
« Non, ce n’est pas pareil. »
Je lui parle du Royaume-Uni, où des entrepreneurs que je connais galèrent eux aussi avec des factures qui traînent et des clients qu’il faut relancer.
Toujours pas pareil.
Et je me suis demandé depuis quand le pays dans lequel une entreprise est enregistrée pouvait servir de certificat de bonne conduite.
Comme si le fait qu’un pays soit économiquement puissant, juridiquement structuré, fondé en partie sur la common law et profondément marqué par une culture d’affaires anglo-saxonne garantissait automatiquement le comportement de toutes les entreprises qui y sont installées.
Même en France, avec toutes les lois qui encadrent les délais de paiement, des entrepreneurs passent encore leur temps à courir après leur argent.
Il suffit d’ouvrir LinkedIn, Threads ou X pour voir régulièrement des freelances, consultants, créateurs et dirigeants raconter la même histoire : le travail a été réalisé, la facture envoyée, l’échéance dépassée… et ensuite commencent les relances.
Encore et encore.
Et pour Singapour, je suis justement allée regarder les chiffres.
Une enquête Coface publiée en 2026 indique que 55 % des entreprises singapouriennes interrogées avaient connu des retards de paiement occasionnels ou fréquents au cours des douze mois précédents, avec un retard moyen de 66,3 jours. Près de la moitié des répondants estimaient même que ces retards étaient devenus plus fréquents.
Donc, manifestement, je n’ai pas découvert le seul mauvais payeur de Singapour. 😂
Mais au-delà de mon cas, il y a quelque chose qui me dérange profondément dans ce genre de situation lorsqu’on est entrepreneur.
Quand une entreprise repousse le paiement d’une facture pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois, elle ne fait pas simplement « attendre un fournisseur ».
Elle transfère une partie de son problème sur celui qui attend son argent.
Et pour un indépendant ou une petite structure, les conséquences ne sont pas les mêmes que pour une grosse entreprise disposant de plusieurs mois de trésorerie.
Certains entrepreneurs dépendent encore énormément d’un ou deux clients importants. Un seul règlement qui n’arrive pas peut donc déséquilibrer tout un mois, voire beaucoup plus.
C’est aussi pour ça que je refuse l’idée selon laquelle certains pays seraient naturellement « safe » et que le problème viendrait surtout d’ailleurs.
Les mauvais payeurs n’ont pas de passeport.
Ils peuvent être français, britanniques, singapouriens ou installés à l’autre bout du monde.
Un pays peut avoir une excellente réputation économique, des institutions solides et un cadre juridique extrêmement protecteur. Cela ne te garantit jamais que l’entreprise en face de toi respectera spontanément ses engagements.
Et finalement, c’est peut-être ça que je retiens le plus de cette histoire.
Ne pas être payé, ou devoir attendre son paiement pendant des semaines ou des mois, est un problème international que vivent énormément d’entrepreneurs.
Ça n’a rien à voir avec l’origine du pays, ni avec cette idée qu’une culture économique anglo-saxonne serait automatiquement plus « safe ».
Une facture impayée reste une facture impayée, qu’elle vienne de Paris, de Londres ou de Singapour.
Les témoignages d’entrepreneurs partout dans le monde le montrent bien : ce problème n’a rien d’exceptionnel.. Unfortunately ..
À la prochaine escale,
Leïla 🌸

